Traquer – L’Art Non Vain de la Vénerie

L’art de traquer se rapporte directement à l’oeuvre de Carlos Castaneda et fait partie, avec l’art de rêver et la maîtrise de l’intention, des trois piliers fondamentaux qui supportent le chemin du guerrier. Il n’y aura pas de longue introduction pour les néophytes, mais vous verrez tout va bien se passer.

« Don Juan s’interrompit et me regarda fixement. Il y eut un silence gêné ; puis il commença à parler de traquer. Il dit que cette technique avait des origines très humbles et fortuites. Cela commença par une observation des nouveaux voyants qui avaient constaté que lorsque les guerriers se comportent avec régularité d’une manière qui ne leur est pas familière, les émanations inutilisées qui se trouvent à l’intérieur de leur cocon commencent à luire. Et leur point d’assemblage se déplace d’une façon douce, harmonieuse, à peine perceptible. » – Carlos Castaneda, Le Feu du Dedans.

Petit rappel ! Le point d’assemblage est l’endroit où s’assemble la perception. Lorsqu’il se déplace, nous percevons une réalité différente. Cela peut aller d’une légère modification à un changement radical et dépend de la distance parcourue par le point d’assemblage – proportionnellement égale à la quantité ingérée de champignons mexicains. Les guerriers sont des personnes qui s’efforcent de déplacer naturellement leur point d’assemblage afin d’élargir leur champs de perception.

http://supermarcheferraille.free.fr/home.htm

L’art de traquer est l’art de se connaître soi-même et de mettre en lumière les comportements et les croyances qui entravent la libre circulation de notre énergie et maintiennent notre perception dans un état de rigidité. Il s’agit d’un art rafraîchissant et énergisant qui se pratique avec le plus d’élégance possible (l’abus de comportements bizarres est fortement déconseillé).

Traquer n’est pas l’art de garer discrètement son fourgon en face de l’appart de son ex, ni l’art de débusquer les faiblesses de nos collègues de bureau. Ce qui est traqué est l’ensemble des comportements, des réactions, des peurs, des jugements et des croyances limitatives avec lesquels nous avons construit notre personne sociale. Plus nous reconnaissons la totalité de notre être, moins nous sommes enclin à répéter des scénarios de « proie » ou de victime. Il ne s’agit donc pas de « traquer les autres » mais bien nos propres schémas individuels qui se révèlent lors de nos interactions sociales. Les autres servent de déclencheur. Merci les autres. Et pour être capable de faire le tri dans cet entrepôt de croyances IKEA, il faut d’abord en avoir fait l’inventaire. C’est bien connu, les traqueurs, en parfaites ménagères des années 50, dressent des inventaires, puis se débarrassent nonchalamment de ce qui ne soutient plus leur évolution.

A l’origine, l’art de la traque était enseigné aux apprentis lorsqu’ils se trouvaient en état de conscience accrue afin de donner à cette pratique une dimension un peu olé-olé. L’effet dramatique obtenu grâce à ce changement de conscience donnait à l’apprenti le goût de l’aventure (intérieure) et assurait que celui-ci apprenne rapidement à se démerder dans le métro parisien.

L’humanité étant sortie récemment de son obscurantisme maladif et de son besoin obsessionnel de transmettre la connaissance dans le secret (enfin on l’espère), chacun peut aujourd’hui appliquer les préceptes de l’art de traquer sans changer de niveau de conscience et sans se prendre pour un initié prétentieux.

Traquer

L’art de traquer a été divisé en sept principes, comme ça, pour rigoler.

1. Connaître son environnement
« Le premier principe de l’art de traquer est que les guerriers choisissent leur champs de bataille. Un guerrier ne se lance jamais dans une bataille sans connaître le terrain. »

Le champ de bataille est une métaphore (sauf pour les prétendants bidasses), il s’agit de notre niveau vibratoire. Un ninja guerrier ne se lance jamais dans une interaction sociale sans avoir déterminé au préalable quel était son niveau énergétique. Il sait qu’il lui faudra bien souvent éviter les discussions de nature politique ou religieuse s’il ne veut pas dépenser son énergie inutilement ou gâter sa digestion. Connaître le terrain c’est se connaître soi-même et, puisque nous sommes en perpétuelle évolution, le terrain se modifie constamment, d’où l’idée de rester à l’affût de nos comportements et réactions. Nous sommes un mystère en perpétuel changement (oh, c’est beau!)

2. Se débarrasser de tout ce qui n’est pas nécessaire
« Se débarrasser de ce qui n’est pas nécessaire est le deuxième principe de l’art de traquer. Un guerrier ne complique pas les choses. Il s’efforce d’être simple. »

Cette simplicité peut se résumer par « être ouvert, aimer, faire preuve de curiosité, s’amuser. » Tout le reste : opinions arrêtées, jugements rigides, peurs plus ou moins bien cachées, bref, le bric-à-brac habituel du français moyen n’est d’aucune utilité et nous fait immédiatement retomber dans une posture de galinette cendrée. Quand nous n’avons aucune opinion à défendre, nous sommes libres. Il est possible d’adopter n’importe quelle opinion « pour le fun » et changer de point de vue en fonction de la météo, parce qu’au fond rien n’a vraiment d’importance. Nous sommes plus qu’un point de vue et tous les points de vue sont valables.

3. Engager sa vie sur une décision
« Le guerrier applique toute sa concentration à décider s’il s’engage ou non dans la bataille, chaque bataille étant une bataille pour sa vie. Tel est le troisième principe de l’art de traquer. Un guerrier doit être prêt à prendre sa dernière décision ici et maintenant. »

Pensez-y, les dimanches en famille n’auront plus du tout la même gueule si le choix de votre voisin de tablée devient une question de vie ou de mort! Le côté dramatique permet ici de sortir de la posture de celui qui prend la vie comme allant de soi. Le quotidien devient plus excitant quand nous appliquons un haut niveau de concentration et d’attention aux détails en apparence superficiels ; cela apporte de l’intensité aux actes considérés auparavant comme insignifiants. Les enfants le font naturellement car ils n’ont pas peur d’utiliser leur imagination ni d’avoir l’air un peu farfelus.

4. S’abandonner à son pouvoir
« Un guerrier se détend et s’abandonne : il ne craint rien. C’est à cette seule condition que les pouvoirs qui guident les êtres humains lui ouvriront la voie et l’aideront. A cette seule condition. Tel est le quatrième principe de l’art de traquer. »

Le guerrier est relax, il a compris qu’en arrêtant de vouloir tout contrôler (les agissements des autres par exemple), les choses venaient naturellement à lui. L’abandon est un acte magique et peut être exprimé à travers les concepts suivants : lâcher prise, s’en remettre à l’esprit, avoir la certitude que nous sommes soutenus par l’Univers, avoir la confiance de Chuck Norris. L’abandon permet au pouvoir personnel de se révéler. Attention paradoxe! C’est en s’abandonnant totalement, sans rien anticiper, que l’on atteint un haut niveau de contrôle. Autrement dit, un abandon total entraîne une synchronicité absolue (« les pouvoirs qui guident les êtres humains »). Encore mieux qu’un réveillon en Laponie!

5. Faire une pause
« Lorsqu’ils sont confrontés à des situations ingérables, les guerriers se retirent pendant un moment. Ils laissent cheminer leurs pensées. Ils occupent leur temps avec autre chose, tout peut faire l’affaire. »

Ce procédé, aussi décrit par Monsieur Christ par « tendre l’autre joue, » est l’art de la distraction. Trop de gens pensent que Jésus était un petit masochiste qui aimait bien s’en reprendre une, alors qu’il tournait seulement la tête pour regarder dans la direction opposée. Il se distrayait, il portait son attention sur autre chose. Lorsque nous sommes concentrés sur un problème, nous alignons notre vibration sur celui-ci et sommes dans l’incapacité de « trouver » une solution. En effet, les problèmes n’existent pas sur la même fréquence vibratoire que les solutions. Tout peut faire l’affaire pour se distraire et laisser la solution émerger d’elle-même (jouer à Tetris, regarder un film, méditer, aller se balader en forêt, démarrer un tricot, planter des choux, c’est pas comme si y’avait pas le choix!) Faire une pause et s’abandonner à son pouvoir expriment à peu près la même idée. Les sorciers de l’ancien Mexique ont juste trouvé ça amusant de rendre les choses un peu plus compliqué en créant des classifications. En même temps, à part planter du maïs et jouer de la guitare, y’a pas grand chose à faire au Mexique.

6. Compresser le temps
« Les guerriers compressent le temps ; c’est le sixième principe de l’art de traquer. Chaque instant compte. Dans une bataille pour la vie, une seconde est une éternité, une éternité qui peut décider de l’issue. Les guerriers ont pour objectif la victoire, donc ils compressent le temps. Ils ne perdent pas un seul instant. »

Ce passage peut porter à confusion car il est difficile de se représenter l’action de « compresser le temps. » En fait, le temps se compresse de lui-même et les principes d’engager sa vie sur une décision ou de s’abandonner à son pouvoir se rapportent directement à la notion de compression du temps. Encore une fois, il s’agit juste de synchronicité, c’est-à-dire, faire l’expérience du temps comme facteur dynamique plutôt que linéaire, et laisser tomber notre besoin compulsif de suivre des agendas.

Traquer - Davy Crockett

7. Observer depuis les coulisses
« Avant d’appliquer le septième principe de l’art de traquer, il faut avoir appliqué les six autres : un traqueur ne se met jamais au-devant de la scène. Il surveille toujours depuis les coulisses. »

Là, nous revenons directement à l’analogie de la chasse dans son sens le plus pur. Le traqueur est un trappeur qui fait confiance à son intuition de chasseur. Il ne lui viendrait pas à l’idée de se lancer à la poursuite du gibier à grands renforts de meutes surexcitées et de cors de chasse. Nous sommes des témoins, des observateurs. Surveiller depuis les coulisses nous donne une vision plus large et globale, et nous apporte un plus grand sentiment d’intégration. C’est choisir la condition de metteur en scène plutôt que celle de marionnette.

Conclusion
« Appliquer ces principes produit trois résultats. Le premier est que les traqueurs apprennent à ne jamais se prendre au sérieux ; ils apprennent à rire d’eux-mêmes. S’ils ne craignent pas de passer pour des idiots, ils peuvent tromper n’importe qui. Le deuxième c’est que les traqueurs apprennent à avoir une patience infinie. Les traqueurs ne se hâtent jamais. Le troisième résultat, c’est que les traqueurs apprennent à avoir une capacité d’improvisation infinie. »

Extraits tirés de La Roue du Temps de Carlos Castaneda.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s